Personnalité type A ou B (et C, D) : ce que la recherche en a vraiment retenu
Guide · 8 min de lecture
L’urgence permanente, l’esprit de compétition et l’agacement facile d’un côté ; le calme et la patience de l’autre : la personnalité de type A ou B est l’une des typologies les plus connues. Elle est pourtant née chez deux cardiologues qui cherchaient ce qui pouvait abîmer le cœur. Voici ce que ces lettres décrivent, ce que la recherche en a gardé, et ce que valent les types C et D.
- Origine
- Deux cardiologues, années 1950
- Ce qui a résisté
- L’hostilité, plus que l’urgence
- À retenir
- Un comportement, pas une identité
D’où vient la personnalité type A et B ?
Dans les années 1950, à San Francisco, deux cardiologues, Meyer Friedman et Ray Rosenman, remarquent que beaucoup de leurs patients se ressemblent : toujours pressés, impatients, en compétition avec tout le monde. Friedman racontait volontiers que les fauteuils de leur salle d’attente s’usaient sur le bord avant, comme si les patients restaient assis prêts à bondir. Une anecdote, pas une preuve.
En 1959, ils publient une première comparaison entre des hommes au « schéma de comportement A » et d’autres au « schéma B » (Friedman et Rosenman, 1959), puis un livre grand public qui fait du type A un phénomène de société. Détail souvent oublié : ils ne parlaient pas de personnalité, mais de schéma comportemental, une façon de réagir quand on se sent mis au défi. Pour le repérer, ils utilisaient un entretien où la manière de répondre comptait plus que les réponses : l’interviewer parlait volontairement lentement, hésitait, contredisait, pour voir si la personne finissait ses phrases à sa place ou s’agaçait.
Le type A : urgence, compétition, hostilité
Dans sa description classique, le type A réunit trois ingrédients :
- Le sentiment d’urgence. Le temps est un adversaire : faire deux choses à la fois, finir les phrases des autres, compter les minutes perdues dans une file.
- La compétitivité. Tout devient une course, même une partie de cartes en famille, et la barre remonte dès qu’un objectif est atteint.
- L’hostilité. Une irritation qui monte vite, une méfiance envers les intentions des autres, une colère facile contre le conducteur trop lent.
Au quotidien, la différence peut ressembler à ceci. La plupart des gens se reconnaissent un peu dans les deux colonnes :
| Situation | Réaction plutôt type A | Réaction plutôt type B |
|---|---|---|
| Une file d’attente qui n’avance pas | Tu changes de file, tu soupires, tu calcules le temps perdu | Tu regardes ton téléphone ou tu discutes avec la personne devant toi |
| Un collègue qui explique lentement en réunion | Tu finis ses phrases, ou tu avances sur autre chose en parallèle | Tu le laisses terminer, quitte à reformuler ensuite |
| Un train en retard | Tu fulmines contre la compagnie et contre les autres voyageurs | Tu préviens, puis tu attends |
Ces tendances recoupent des traits que notre test de personnalité Big Five mesure de façon nuancée, comme on le verra plus bas.
Le type B : pas le contraire de l’ambition
Le type B a été défini par défaut : c’est l’absence des traits du type A. Une personne de type B n’est pas pressée en permanence et se met rarement en colère pour des broutilles. Elle peut pourtant viser haut, travailler beaucoup et réussir : la différence tient au rapport au temps et aux autres, pas au niveau d’exigence. Comme pour toute typologie, la plupart des gens se situent entre les deux : notre guide sur les tests de personnalité couleur explique ce problème des cases.
Ce que la recherche a confirmé, et ce qu’elle a démenti
Des débuts spectaculaires, puis des déceptions
L’étude fondatrice, la Western Collaborative Group Study, a suivi 3 154 hommes californiens de 39 à 59 ans pendant huit ans et demi. Ceux classés type A ont eu environ deux fois plus de maladies coronariennes que les autres, même en tenant compte du tabac, de la tension et du cholestérol (Rosenman et al., 1975).
Les études suivantes ont été beaucoup moins nettes. Chez les hommes de l’étude fondatrice qui avaient survécu à un premier accident coronarien, la mortalité était même ensuite plus faible chez les types A que chez les types B (Ragland et Brand, 1988). Et une méta-analyse de toutes les études prospectives publiées jusqu’en 1998, soit plus de 70 000 personnes, conclut à un lien pratiquement nul entre le type A pris dans son ensemble et les maladies coronariennes (Myrtek, 2001).
L’hostilité, la composante qui résiste
Les chercheurs ont alors décomposé le type A pour savoir quel ingrédient comptait vraiment. C’est l’hostilité qui a le mieux résisté : la méfiance cynique envers les autres, la colère fréquente, l’agressivité. Une méta-analyse en fait un facteur de risque coronarien indépendant (Miller et al., 1996), et une synthèse plus récente associe colère et hostilité à davantage d’accidents coronariens, chez des personnes en bonne santé comme chez des personnes déjà malades (Chida et Steptoe, 2009). L’effet reste modeste : trop faible, selon Myrtek (2001), pour prédire quoi que ce soit chez une personne donnée.
Une controverse : l’argent du tabac
En épluchant les archives internes de l’industrie du tabac, des chercheurs ont montré qu’elle avait été un financeur majeur des recherches sur le type A, et qu’elle en mettait certains résultats en avant pour détourner l’attention de la cigarette. Selon eux, cela explique en partie pourquoi des résultats prometteurs au départ ont ensuite été démentis (Petticrew, Lee et McKee, 2012).
Et les types C et D ?
Le type C : une hypothèse qui n’a pas tenu
Dans les années 1980, la psychologue Lydia Temoshok décrit un « type C » : une personne très coopérative, qui ravale ses émotions négatives, surtout la colère, et qui serait plus vulnérable face à certains cancers (Temoshok et Dreher, 1992). Les grandes études ne l’ont pas confirmé : six cohortes réunissant 42 843 personnes ne montrent aucun lien entre les traits de personnalité et le risque de cancer ou la mortalité par cancer (Jokela et al., 2014). Si la maladie te touche, toi ou un proche, retiens ceci : rien n’indique que la personnalité en soit la cause.
Le type D : plus étudié, mais discuté
En 1996, le psychologue belge Johan Denollet propose le type D, comme distressed (en détresse). Il combine l’affectivité négative, la tendance à ressentir souvent inquiétude, tristesse ou irritation, et l’inhibition sociale, la tendance à garder ces émotions pour soi par crainte du regard des autres. Chez des patients atteints de maladie coronarienne, les personnes de type D avaient une mortalité plus élevée à long terme (Denollet et al., 1996).
Une méta-analyse retrouve une association en moyenne (Grande, Romppel et Barth, 2012). Mais des chercheurs critiques notent que les effets forts viennent surtout de petites études, les plus grandes ne trouvant souvent rien, et reprochent de découper en « type » deux traits continus (de Voogd, Sanderman et Coyne, 2012). Le type D reste une piste de recherche, pas une certitude.
| Type | Proposé par | Ce qu’il décrit | Ce qu’on en sait aujourd’hui |
|---|---|---|---|
| A | Friedman et Rosenman, 1959 | Urgence, compétition, hostilité | Type global peu prédictif ; l’hostilité est modestement liée au risque cardiaque |
| B | Friedman et Rosenman, 1959 | L’absence de ces traits | Défini par contraste, peu étudié pour lui-même |
| C | Temoshok, années 1980 | Coopération, émotions ravalées | Lien avec le cancer non confirmé |
| D | Denollet, 1996 | Affectivité négative et inhibition sociale | Résultats discutés, effets plus faibles dans les grandes études |
Du type A au Big Five
La recherche décrit aujourd’hui la personnalité avec cinq grands traits continus, le Big Five. Chaque ingrédient des types A et D y trouve sa place :
| Ingrédient | Trait du Big Five le plus proche |
|---|---|
| Rythme rapide, besoin d’action | Extraversion, plus précisément sa facette « activité » |
| Ambition, exigence envers soi | Conscienciosité, facette « recherche de réussite » |
| Compétitivité, goût de dominer | Extraversion (affirmation de soi) et agréabilité plutôt basse |
| Hostilité, colère, méfiance | Sensibilité émotionnelle élevée (facette colère) et agréabilité basse |
| Affectivité négative et inhibition sociale (type D) | Sensibilité émotionnelle élevée et extraversion basse |
Les travaux qui ont situé le type D dans ce modèle retrouvent bien ces deux pôles (De Fruyt et Denollet, 2002). Ce découpage a un mérite : il montre que la partie « ambitieuse et organisée » du type A n’est pas celle que la recherche met en cause. Le problème n’était pas d’avoir des objectifs, mais de vivre les autres comme des obstacles.
Ce que tu peux en faire
Te ranger dans la case A ou B n’apporte pas grand-chose. Regarder ce qu’il y a derrière, si.
1. Sépare l’ambition de l’irritation
La bonne question n’est pas « suis-je de type A ? », mais « combien de fois par jour les autres m’agacent-ils, et quelles intentions est-ce que je leur prête ? ». Pendant une semaine, note chaque soir tes moments d’irritation. Puis, à la prochaine poussée d’agacement, cherche deux autres explications avant de réagir : le conducteur qui te double est peut-être en retard pour récupérer un enfant.
2. Ralentis volontairement
Friedman proposait à ses patients des exercices très concrets : laisser sa montre à la maison une journée, rouler sur la voie la plus lente, choisir exprès la file la plus longue au supermarché (Friedman et Ulmer, 1984). L’idée est de constater que rien ne s’écroule quand tu perds cinq minutes.
3. Mesure plutôt que deviner
Une typologie te range dans une case ; un questionnaire Big Five te situe sur cinq échelles. Notre test de personnalité, construit avec 50 questions de l’International Personality Item Pool, te montre si ton « côté type A » relève surtout de la conscienciosité, de l’extraversion ou de la sensibilité émotionnelle.
Questions fréquentes
Comment savoir si je suis de type A ou de type B ?
Les outils d’origine ne sont plus guère utilisés hors de la recherche, et les quiz en ligne qui te classent A ou B ne sont en général pas validés. Observe plutôt ton rapport au temps et ta fréquence d’irritation, puis situe tes traits avec un questionnaire Big Five.
A, B, C, D : laquelle de ces lettres est la plus sérieuse ?
Aucune n’est un outil de mesure de la personnalité au sens actuel : le type A a eu le plus d’influence, le type D est encore étudié, le type C n’a pas été confirmé. Pour d’autres typologies populaires, lis notre guide sur le test des formes.
Sources
- Chida, Y. et Steptoe, A. (2009). The association of anger and hostility with future coronary heart disease: A meta-analytic review of prospective evidence. Journal of the American College of Cardiology, 53(11), 936-946.
- De Fruyt, F. et Denollet, J. (2002). Type D personality: A five-factor model perspective. Psychology and Health, 17(5), 671-683.
- de Voogd, J. N., Sanderman, R. et Coyne, J. C. (2012). A meta-analysis of spurious associations between type D personality and cardiovascular disease endpoints. Annals of Behavioral Medicine, 44(1), 136-137.
- Denollet, J., Sys, S. U., Stroobant, N., Rombouts, H., Gillebert, T. C. et Brutsaert, D. L. (1996). Personality as independent predictor of long-term mortality in patients with coronary heart disease. The Lancet, 347(8999), 417-421.
- Friedman, M. et Rosenman, R. H. (1959). Association of specific overt behavior pattern with blood and cardiovascular findings. JAMA, 169(12), 1286-1296.
- Friedman, M. et Ulmer, D. (1984). Treating Type A Behavior and Your Heart. New York : Knopf.
- Grande, G., Romppel, M. et Barth, J. (2012). Association between type D personality and prognosis in patients with cardiovascular diseases: A systematic review and meta-analysis. Annals of Behavioral Medicine, 43(3), 299-310.
- Jokela, M., Batty, G. D., Hintsa, T., Elovainio, M., Hakulinen, C. et Kivimäki, M. (2014). Is personality associated with cancer incidence and mortality? An individual-participant meta-analysis of 2156 incident cancer cases among 42 843 men and women. British Journal of Cancer, 110(7), 1820-1824.
- Miller, T. Q., Smith, T. W., Turner, C. W., Guijarro, M. L. et Hallet, A. J. (1996). A meta-analytic review of research on hostility and physical health. Psychological Bulletin, 119(2), 322-348.
- Myrtek, M. (2001). Meta-analyses of prospective studies on coronary heart disease, type A personality, and hostility. International Journal of Cardiology, 79(2-3), 245-251.
- Petticrew, M. P., Lee, K. et McKee, M. (2012). Type A behavior pattern and coronary heart disease: Philip Morris’s « crown jewel ». American Journal of Public Health, 102(11), 2018-2025.
- Ragland, D. R. et Brand, R. J. (1988). Type A behavior and mortality from coronary heart disease. New England Journal of Medicine, 318(2), 65-69.
- Rosenman, R. H., Brand, R. J., Jenkins, C. D., Friedman, M., Straus, R. et Wurm, M. (1975). Coronary heart disease in the Western Collaborative Group Study: Final follow-up experience of 8 1/2 years. JAMA, 233(8), 872-877.
- Temoshok, L. et Dreher, H. (1992). The Type C Connection: The Behavioral Links to Cancer and Your Health. New York : Random House.
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