Type de personnalité le plus rare : ce que disent vraiment les données
Guide · 7 min de lecture
Quel est le type de personnalité le plus rare ? La réponse la plus répandue en ligne est l’INFJ. Elle n’est pas fausse, mais très incomplète : elle repose surtout sur des échantillons américains, change selon les études et selon qu’on regarde les femmes ou les hommes, et dépend de la façon même dont les types sont découpés. Voici ce qu’on sait vraiment, et ce qu’on ne sait pas.
- Le plus cité
- INFJ
- Les données
- Surtout américaines
- Rare
- Ni meilleur, ni plus profond
Type de personnalité le plus rare : ce que disent vraiment les données
Presque tous les chiffres qui circulent sur la rareté des types viennent d’une même famille de sources : le manuel du questionnaire de types mis au point par Isabel Briggs Myers et sa mère, et les bases de données américaines qui l’accompagnent. L’édition de 1998 de ce manuel présente des estimations tirées d’un échantillon national d’adultes américains, construit pour ressembler à la population du pays (Myers et al., 1998).
Dans cet échantillon, trois types apparaissent comme les moins fréquents : l’INFJ (le Visionnaire), l’ENTJ (le Pilote) et l’INTJ (le Stratège). À l’autre bout, les plus répandus sont l’ISFJ (le Fidèle), l’ESFJ (le Cœur du groupe) et l’ISTJ (le Pilier). C’est de là que vient l’idée, reprise partout, que l’INFJ serait « le type le plus rare ».
Ce que ces données ne disent pas
- Elles portent sur les États-Unis, à la fin des années 1990. Les chiffres repris en français sont presque toujours ces chiffres américains : à notre connaissance, il n’existe pas d’estimation récente et représentative pour la France.
- Elles varient selon les sources. D’autres échantillons, recueillis dans d’autres pays, à d’autres dates ou auprès d’autres publics, ne donnent pas exactement le même classement. Les écarts entre les types les plus rares sont faibles, et l’ordre change facilement.
- Les résultats en ligne ne sont pas des données de population. Sur un site de tests, la répartition des types reflète surtout qui vient passer le test, pas la population générale.
C’est pourquoi nous ne donnons pas de pourcentages : présentés seuls, ils affichent une précision qu’ils n’ont pas. Pour connaître ton propre type, passe notre test des 16 personnalités.
Pourquoi on cite si souvent l’INFJ
Plusieurs raisons se cumulent :
- Une donnée d’origine réelle. Dans l’échantillon national américain de 1998, l’INFJ arrive bien en dernière position.
- La répétition. Repris de site en site, le constat est devenu une caractéristique du type, alors qu’il ne décrit qu’un échantillon.
- Un portrait flatteur. L’INFJ, que nous appelons le Visionnaire, est décrit comme intuitif, profond, tourné vers le sens. Rare et profond : l’association est séduisante.
- Le besoin de se sentir unique. Les psychologues Snyder et Fromkin (1980) ont décrit notre besoin de nous sentir un minimum différents des autres. Un type « rare » y répond parfaitement.
- Un probable effet de visibilité. Les personnes qui s’identifient fortement à un type réputé rare en parlent volontiers en ligne, ce qui rend sans doute ce type plus visible qu’il n’est fréquent.
Beaucoup de personnes qui se reconnaissent dans l’INFJ hésitent en réalité avec un type voisin. Nos comparaisons INFJ ou INFP et INTJ ou INFJ t’aident à y voir clair.
Le plus rare n’est pas le même pour tout le monde
Un détail change beaucoup la réponse : le sexe des personnes interrogées. Dans les données américaines, les femmes choisissent plus souvent la préférence sentiment (F) et les hommes la préférence pensée (T). Résultat : chez les femmes, les types les plus rares sont plutôt l’INTJ et l’ENTJ ; chez les hommes, plutôt l’INFJ et l’ENFJ (le Guide).
Ces écarts ne disent rien d’une nature féminine ou masculine. Ils décrivent des réponses à un questionnaire, dans un pays et à une époque donnés, où l’éducation et les attentes sociales jouent sans doute leur rôle. Mais ils montrent que « le type le plus rare » dépend toujours de la population qu’on regarde.
Pourquoi certains types sont plus rares que d’autres
Un type combine quatre préférences. Sa fréquence dépend donc de la fréquence de chacune. Si une préférence est choisie par une minorité, les types qui la contiennent sont moins fréquents ; si un type combine plusieurs préférences minoritaires, il devient très rare, par simple multiplication.
Dans l’échantillon américain, l’axe le plus déséquilibré oppose sensation et intuition : la sensation (S), qui se fie aux faits concrets, y est nettement plus répandue que l’intuition (N), tournée vers les liens et les possibles. La plupart des types en N sont donc moins fréquents que la moyenne. Ajoute une préférence minoritaire chez les hommes (F) ou chez les femmes (T), et tu obtiens les types les plus rares de chaque groupe.
Le découpage fabrique aussi la rareté
Chaque axe est coupé en deux en son milieu. Or la plupart des gens ne sont pas aux extrêmes : les scores se répartissent plutôt autour du centre, sans former deux groupes nettement séparés (Bess et Harvey, 2002). Une personne légèrement du côté intuition et une personne légèrement du côté sensation se ressemblent beaucoup, et reçoivent pourtant deux lettres différentes. La rareté d’un type dépend donc en partie de l’endroit où l’on place la frontière.
Rare ne veut pas dire meilleur
La rareté est une donnée statistique, pas une valeur. Isabel Briggs Myers elle-même présentait chaque type comme porteur de dons différents, et non comme supérieur ou inférieur à un autre (Myers et Myers, 1980).
- Un type fréquent n’est pas banal. Le Fidèle (ISFJ) ou le Pilier (ISTJ) décrivent des façons de fonctionner très répandues, et c’est justement pour cela qu’elles font tenir tant de choses, au travail comme en famille.
- Un type rare n’est pas plus profond. Aucune donnée solide ne relie la fréquence d’un type à l’intelligence, à la créativité ou à la qualité morale.
- La rareté a aussi un coût. Se sentir en minorité peut donner l’impression de ne pas être compris ou comprise. Mieux vaut chercher des personnes qui partagent tes centres d’intérêt que des personnes qui partagent tes quatre lettres.
Les limites des 16 types
Les 16 types offrent un vocabulaire parlant pour décrire ses préférences. Pour mesurer la rareté, ils ont pourtant trois limites sérieuses.
Des types moins stables qu’on le croit
Une part importante des personnes qui repassent le questionnaire quelques semaines plus tard obtiennent un type différent, le plus souvent sur un axe où elles étaient proches du milieu (Pittenger, 2005). Si ton type peut changer en un mois, sa rareté ne dit pas grand-chose de toi.
Des dimensions qui existent ailleurs
Les quatre axes correspondent assez bien à quatre des cinq grands traits du Big Five : extraversion, ouverture, agréabilité et conscienciosité (McCrae et Costa, 1989). Le Big Five mesure ces traits sur une échelle continue, sans couper en deux. Il ne parle pas de types rares, mais de scores plus ou moins marqués : un score très élevé ou très bas sur un trait est rare, sans être meilleur. Notre test de personnalité Big Five te situe sur ces cinq échelles.
Une dimension absente
La typologie ne mesure pas la sensibilité émotionnelle, cinquième grand trait, alors qu’elle pèse beaucoup dans la façon de vivre les relations et le stress.
Utilise donc ton type comme un point de départ pour réfléchir, et regarde tes scores sur chaque axe plutôt que tes quatre lettres seules. Tu retrouveras tous les portraits sur la page des 16 types de personnalité.
Questions fréquentes
Quel est le type de personnalité le plus répandu ?
Dans l’échantillon national américain de 1998, c’est l’ISFJ, le Fidèle, suivi de près par l’ESFJ et l’ISTJ. Là encore, ce classement dépend de l’échantillon.
L’INFJ est-il le type le plus rare en France ?
On ne le sait pas. À notre connaissance, aucune estimation récente et représentative de la population française n’a été publiée. Les chiffres qui circulent en français sont des chiffres américains.
Mon type est rare : qu’est-ce que ça change ?
Pas grand-chose sur ta valeur ou tes capacités. Cela peut expliquer que tu te sentes parfois en minorité dans un groupe, et t’encourager à chercher des environnements qui te ressemblent.
Sources
- Bess, T. L. et Harvey, R. J. (2002). Bimodal score distributions and the Myers-Briggs Type Indicator: Fact or artifact? Journal of Personality Assessment, 78(1), 176-186.
- Forer, B. R. (1949). The fallacy of personal validation: A classroom demonstration of gullibility. Journal of Abnormal and Social Psychology, 44(1), 118-123.
- McCrae, R. R. et Costa, P. T. (1989). Reinterpreting the Myers-Briggs Type Indicator from the perspective of the five-factor model of personality. Journal of Personality, 57(1), 17-40.
- Myers, I. B., McCaulley, M. H., Quenk, N. L. et Hammer, A. L. (1998). MBTI Manual: A Guide to the Development and Use of the Myers-Briggs Type Indicator (3e éd.). Palo Alto : Consulting Psychologists Press.
- Myers, I. B. et Myers, P. B. (1980). Gifts Differing: Understanding Personality Type. Palo Alto : Consulting Psychologists Press.
- Pittenger, D. J. (2005). Cautionary comments regarding the Myers-Briggs Type Indicator. Consulting Psychology Journal: Practice and Research, 57(3), 210-221.
- Snyder, C. R. et Fromkin, H. L. (1980). Uniqueness: The Human Pursuit of Difference. New York : Plenum Press.
Découvre ton type, et tes scores
Le test des 16 personnalités est gratuit : 64 affirmations, 10 minutes environ, et le détail de tes quatre préférences, axe par axe.
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