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Tu ne te reconnais ni dans le portrait type de l’introversion, ni dans celui de l’extraversion ? Tu es peut-être ambiverti ou ambivertie, c’est-à-dire placé ou placée vers le milieu de l’échelle d’extraversion. Loin d’être une case floue, c’est la zone où se trouve une bonne partie de la population. Voici ce que la recherche en dit vraiment, comment le reconnaître, ce qui le distingue de l’« omnivert » des réseaux sociaux, et comment te situer.

Définition
Le milieu de l’échelle d’extraversion
Un type à part ?
Non, une zone de l’échelle
« Omnivert »
Un terme populaire, non scientifique

Ambiverti : une définition

Dans le modèle des cinq grands traits, le Big Five, l’extraversion n’est pas une case mais une échelle continue : d’un côté le goût de la compagnie, de l’action et de la stimulation, de l’autre la préférence pour le calme et les échanges en petit comité. Comme pour la plupart des traits mesurés, les scores se répartissent selon une courbe en cloche : les profils très marqués sont moins nombreux que les profils intermédiaires. Une personne ambivertie est simplement une personne dont le score d’extraversion se situe vers le milieu.

Ce n’est donc pas un troisième type de personnalité, à côté des introvertis et des extravertis. C’est une zone de l’échelle, sans frontière nette : aucun seuil scientifique ne dit à partir de quand on devient ambiverti. Notre page sur l’extraversion décrit le trait en détail, et notre guide introverti ou extraverti en présente les deux pôles.

Un score moyen peut cacher deux profils très différents

Il y a une subtilité que les articles sur le sujet oublient presque toujours. L’extraversion regroupe plusieurs composantes. Les chercheurs Colin DeYoung, Lena Quilty et Jordan Peterson en distinguent deux grands aspects : l’enthousiasme, fait de chaleur, de plaisir à être avec les autres et d’émotions positives, et l’affirmation de soi, qui consiste à prendre la parole, influencer, diriger (DeYoung, Quilty et Peterson, 2007). Un score global moyen peut donc venir de deux scores moyens, ou d’un score élevé sur l’un et bas sur l’autre.

  • De la chaleur, sans les projecteurs

    Tu adores retrouver tes proches, tu ris facilement et tu t’intéresses sincèrement aux autres, mais prendre la parole devant un groupe ou imposer ton avis te coûte. Enthousiasme élevé, affirmation basse.

  • De l’aplomb, sans la foule

    Tu mènes une réunion sans difficulté et tu défends tes idées avec assurance, mais les grandes soirées te lassent vite et tu n’as pas besoin de beaucoup de monde autour de toi. Affirmation élevée, enthousiasme modéré.

Ces deux personnes peuvent se dire ambiverties pour des raisons presque opposées. C’est pourquoi un profil détaillé en dit plus qu’une étiquette.

D’où vient le mot, et ce que la science en garde

Le mot n’est pas une invention récente. Le psychologue américain Edmund Conklin a proposé le terme dès 1923, pour désigner la majorité des gens, ni franchement introvertis ni franchement extravertis. Il n’a pourtant jamais vraiment pris en psychologie : les chercheurs ont préféré mesurer l’extraversion comme un continuum, où une catégorie intermédiaire devient inutile. Le terme a surtout survécu dans le management commercial et la psychologie grand public (Davidson, 2017).

Il a connu un regain d’intérêt avec une étude d’Adam Grant (2013), menée auprès de 340 téléconseillers d’un centre d’appels. Sur trois mois, ceux qui se situaient au milieu de l’échelle d’extraversion avaient généré plus de chiffre d’affaires que leurs collègues les plus introvertis, et que les plus extravertis. L’explication avancée : savoir à la fois parler avec énergie et écouter, sans donner l’impression d’insister. Le journaliste Daniel Pink a popularisé l’idée d’un « avantage ambiverti » à la même période, dans un livre sur la vente (Pink, 2012).

Les signes d’un profil ambiverti

Aucun signe ne suffit seul. Mais si plusieurs te ressemblent, ton score d’extraversion est probablement proche du milieu :

  • Tu peux lancer la conversation avec une personne inconnue dans une file d’attente, mais tu en ressens rarement le besoin.
  • Deux ou trois jours de télétravail par semaine te conviennent très bien ; une semaine entière, et le contact commence à te manquer.
  • Dans un groupe très bavard, tu écoutes ; dans un groupe silencieux, c’est souvent toi qui relances.
  • Tu apprécies les fêtes, surtout si tu peux t’éclipser pour une conversation à deux dans un coin plus calme.
  • Un week-end chargé de sorties te plaît, à condition qu’il soit suivi d’une soirée tranquille.
  • Tes réponses aux questionnaires sur la sociabilité commencent souvent par « ça dépend ».

Attention à un biais : presque tout le monde se reconnaît dans « ça dépend des situations », et c’est normal, comme on va le voir. Ce qui distingue une personne ambivertie, c’est que son niveau habituel, en moyenne sur des semaines, se situe au milieu.

Ambiverti ou omnivert : quelle différence ?

Le mot « omnivert » circule surtout sur les réseaux sociaux et dans des articles grand public. Il désignerait une personne qui passe d’un extrême à l’autre : très extravertie certains jours, très introvertie d’autres, selon son humeur ou le contexte. L’ambiverti, dans cette présentation, serait au contraire stable au milieu.

La distinction est séduisante, mais elle n’a pas de base scientifique : le terme omnivert n’a ni définition partagée ni outil de mesure reconnu en psychologie de la personnalité, et nous n’avons trouvé aucune étude publiée qui l’utilise.

Ce que la recherche sait des variations

La question que pose le mot omnivert a pourtant été étudiée : à quel point varie-t-on d’un moment à l’autre ? Le psychologue William Fleeson a demandé à des personnes de décrire leur comportement plusieurs fois par jour, pendant des semaines. Résultat : au fil de ses journées, chacun exprime presque tous les niveaux d’extraversion, du plus réservé au plus expansif, tandis que sa moyenne, elle, reste remarquablement stable (Fleeson et Gallagher, 2009).

Autrement dit, tout le monde est un peu « omnivert ». Varier selon le contexte ne fait pas de toi un type à part : ce qui te caractérise, c’est ton niveau moyen, et l’ampleur de tes variations autour de lui.

Jouer un rôle, à quel prix ?

Le psychologue Brian Little parle de « traits libres » : on agit parfois à contre-courant de sa nature pour servir un projet qui compte, comme une personne réservée qui anime avec brio un cours qu’elle aime. C’est possible, mais coûteux, et cela demande ensuite des « niches de récupération » adaptées : un moment seul ou seule pour l’une, un moment animé pour l’autre (Little, 2008).

Une expérience va dans ce sens. Pendant une semaine, 147 participants ont été répartis au hasard : certains avaient pour consigne d’agir de façon plus extravertie au quotidien. En moyenne, leur humeur positive a augmenté ; mais chez les plus introvertis, le gain était plus faible, et s’accompagnait de plus de fatigue, d’émotions négatives et d’un sentiment d’être moins soi-même (Jacques-Hamilton, Sun et Smillie, 2019). Si tu as l’impression de passer d’un extrême à l’autre, la vraie question n’est donc pas « suis-je omnivert ? », mais : ces variations sont-elles choisies, et te laissent-elles le temps de récupérer ?

Les atouts, et les pièges, du milieu

  • Les atouts

    • Une adaptabilité naturelle : parler davantage avec l’un, écouter davantage avec l’autre.
    • Un bon équilibre entre parole et écoute, utile dans le conseil, l’enseignement, la vente ou l’encadrement.
    • Une tolérance aux deux types d’environnement : open space et bureau fermé, fête et soirée calme.
    • Une facilité à faire le lien entre des personnes très introverties et très extraverties.
  • Les pièges

    • Mal repérer tes besoins, faute de préférence nette : tu t’en rends compte quand c’est déjà trop.
    • Te laisser définir par ton entourage : les plus extravertis t’entraînent, les plus introvertis te retiennent.
    • Oublier tes temps de récupération, parce que tu tiens bien dans les deux registres, jusqu’au jour où tu ne tiens plus.
    • Prendre ton score moyen pour une absence de personnalité : c’est une position sur une échelle, pas un manque.

Le premier piège est souvent le plus discret. Une personne très introvertie ou très extravertie sent vite ce qui l’épuise. Au milieu, le signal est plus faible : il faut parfois l’écouter plus attentivement.

Comment te situer, en quatre étapes

1. Fais le bilan d’une semaine réelle

Pendant sept jours, note chaque soir, de 0 à 10, le temps passé avec d’autres personnes et ton niveau d’énergie. Au bout de la semaine, regarde si ton énergie suit plutôt la courbe des contacts, l’inverse, ou ni l’un ni l’autre.

2. Sépare les deux aspects

Pose-toi deux questions distinctes : « est-ce que j’aime être avec les autres ? » (l’enthousiasme) et « est-ce que je prends facilement ma place dans un groupe ? » (l’affirmation). Deux réponses différentes expliquent souvent un profil « entre les deux ».

3. Passe un questionnaire qui mesure sur une échelle

Un test qui range les gens en deux catégories ne peut pas dire si tu es au milieu. Notre test de personnalité Big Five te donne un score d’extraversion situé dans une zone basse, intermédiaire ou élevée : un score intermédiaire correspond à ce qu’on appelle un profil ambiverti. Si tu préfères le vocabulaire des types, le test des 16 personnalités indique aussi la netteté de ta préférence entre introversion et extraversion.

4. Recoupe avec un regard extérieur

Demande à deux personnes qui te connaissent dans des contextes différents où elles te placeraient sur une échelle de 1 à 10. Si leurs réponses divergent beaucoup, c’est une information en soi : tu adaptes probablement ton registre selon les milieux.

Questions fréquentes

Ambiverti, est-ce un vrai type de personnalité ?

Non, c’est une zone de l’échelle d’extraversion. Le mot est pratique pour se décrire, à condition de ne pas en faire une catégorie figée.

Pourquoi mon résultat change-t-il d’un test à l’autre ?

Quand on se situe près du milieu, quelques réponses suffisent à faire passer d’un côté à l’autre d’une frontière. C’est une limite des tests qui classent en catégories, pas un signe d’instabilité. Un score sur une échelle est plus parlant.

Peut-on être ambiverti et hypersensible ?

Oui. L’hypersensibilité concerne la façon de percevoir et de traiter les stimulations, pas le goût pour la vie sociale : on peut aimer le monde et saturer vite dans le bruit. Notre test d’hypersensibilité mesure cette dimension à part.

Sources

  1. Davidson, I. J. (2017). The ambivert: A failed attempt at a normal personality. Journal of the History of the Behavioral Sciences, 53(4), 313-331.
  2. DeYoung, C. G., Quilty, L. C. et Peterson, J. B. (2007). Between facets and domains: 10 aspects of the Big Five. Journal of Personality and Social Psychology, 93(5), 880-896.
  3. Fleeson, W. et Gallagher, P. (2009). The implications of Big Five standing for the distribution of trait manifestation in behavior: Fifteen experience-sampling studies and a meta-analysis. Journal of Personality and Social Psychology, 97(6), 1097-1114.
  4. Grant, A. M. (2013). Rethinking the extraverted sales ideal: The ambivert advantage. Psychological Science, 24(6), 1024-1030.
  5. Jacques-Hamilton, R., Sun, J. et Smillie, L. D. (2019). Costs and benefits of acting extraverted: A randomized controlled trial. Journal of Experimental Psychology: General, 148(9), 1538-1556.
  6. Little, B. R. (2008). Personal projects and free traits: Personality and motivation reconsidered. Social and Personality Psychology Compass, 2(3), 1235-1254.
  7. Pink, D. H. (2012). To Sell Is Human: The Surprising Truth About Moving Others. New York : Riverhead Books.


Es-tu ambiverti ?

Le test introverti ou extraverti te situe sur tout le continuum, avec quatre facettes détaillées. Gratuit, sans inscription.

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