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On parle beaucoup du HPI chez la femme adulte : dans des livres, des podcasts, des récits de femmes qui découvrent leur haut potentiel à 35, 45 ou 55 ans. Derrière ce mouvement, il y a une question légitime : les filles et les femmes à haut potentiel sont-elles moins bien repérées ? Il y a aussi beaucoup de raccourcis. Voici ce qui est étayé, ce qui relève du stéréotype, et ce qu’un bilan peut réellement t’apporter.

Définition
La même que pour tout adulte
Repérage plus tardif
Décrit, à prendre avec prudence
Réponse fiable
Un bilan, pas une liste de signes

Pourquoi on parle autant du HPI chez la femme adulte

Commençons par l’essentiel : la définition du haut potentiel ne change pas selon le sexe. Il s’agit d’un QI total d’au moins 130, mesuré par un ou une psychologue avec un test étalonné comme la WAIS-IV, ton score étant comparé à celui des personnes de ton âge. Et sur le QI global, les femmes et les hommes obtiennent en moyenne des scores très proches (Halpern et al., 2007).

Si la question se pose différemment pour les femmes, ce n’est donc pas une affaire de capacités. C’est une affaire de regard : qui pense à proposer un bilan, à quel âge, pour quelles raisons. Trois éléments expliquent l’intérêt actuel :

  • dès les années 1980, des chercheuses ont décrit des filles douées qui se faisaient discrètes et des parcours de femmes qui plafonnaient (Kerr, 1985 ; Reis, 1987) ;
  • beaucoup de femmes se posent la question à l’âge adulte, après le bilan d’un enfant, un épuisement ou une reconversion, plutôt qu’à l’école ;
  • les réseaux sociaux ont fait circuler des listes de « signes du HPI féminin », très partagées et rarement sourcées.

Si tu veux mettre des mots sur tes traits avant d’aller plus loin, notre test HPI est un point de départ. Il ne mesure pas le QI.

Ce qui est étayé, et ce qui l’est moins

Un écart de repérage réel, mais modeste

La synthèse la plus large sur le sujet a réuni 130 études publiées entre 1975 et 2011. Les garçons y avaient un peu plus de chances que les filles d’être repérés comme doués et admis dans des programmes dédiés, environ 1,2 fois plus, soit à peu près six garçons pour cinq filles. L’écart était plus marqué avant l’adolescence, et quand le repérage reposait sur des tests de QI ou des tests standardisés (Petersen, 2013). L’autrice le qualifie de faible. Ces études portent sur des enfants et des programmes scolaires, pas sur des adultes.

Un repérage plus tardif chez les femmes : plausible, peu mesuré

Plusieurs autrices, à commencer par Barbara Kerr (1985) et Sally Reis (1987, 1998), décrivent des adolescentes douées qui minimisent leurs capacités et des femmes qui font passer leur carrière après d’autres priorités. Ces travaux sont précieux, mais ils reposent surtout sur des observations et des entretiens. À notre connaissance, aucune étude n’a comparé, sur un échantillon représentatif, l’âge auquel les femmes et les hommes à haut potentiel sont repérés.

Attention aussi à un biais : les adultes qui demandent un bilan ne représentent pas l’ensemble de la population. Si davantage de femmes consultent tard pour cette question, cela peut refléter un repérage manqué dans l’enfance, mais aussi d’autres facteurs.

Ce qu’on ne sait pas

On ne sait pas combien de femmes à haut potentiel n’ont jamais été repérées, ni si l’écart observé chez l’enfant persiste à l’âge adulte. Méfie-toi des chiffres qui circulent sur ce point : nous n’en avons trouvé aucun qui repose sur une étude solide.

Les « signes » qui circulent : le tri

Les listes de signes du HPI chez la femme mélangent des traits liés au raisonnement, des traits de personnalité et des difficultés partagées par énormément de monde. Voici un tri honnête :

Signe souvent cité Ce qu’on en sait Verdict
Apprendre vite, s’ennuyer dès qu’on a fait le tour d’un sujet Directement lié à la définition du haut potentiel, chez les femmes comme chez les hommes. Pertinent, pas propre aux femmes
Le syndrome de l’imposteur Décrit d’abord chez des femmes très performantes (Clance et Imes, 1978), il touche aussi beaucoup d’hommes (Bravata et al., 2020). Les femmes y obtiennent en moyenne des scores un peu plus élevés (Price, Holcomb et Payne, 2024). Rien ne le relie au QI. Fréquent, non spécifique
Le perfectionnisme Les élèves à haut potentiel se fixent en moyenne des exigences un peu plus élevées, sans montrer davantage de perfectionnisme anxieux, fait de peur de l’erreur et d’autocritique (Stricker et al., 2020). À nuancer
L’hypersensibilité, l’intensité émotionnelle Non confirmée chez les adultes à haut potentiel ; présentée comme un trait « féminin », elle relève surtout du stéréotype. Non établi
Le sentiment de décalage Très répandu, à tous les niveaux de QI et chez les deux sexes. Non spécifique

Le problème des listes « au féminin », c’est qu’elles retiennent surtout des traits émotionnels et relationnels, et presque jamais des capacités de raisonnement. Elles reproduisent ainsi le cliché qu’elles prétendent combattre : l’intelligence des femmes y passerait par la sensibilité. Si une liste te décrit comme hypersensible, empathique et perfectionniste, elle parle peut-être de toi, mais pas de ton QI. Pour un tri trait par trait, valable pour tous les adultes, lis notre guide sur les signes du HPI chez l’adulte.

Le camouflage social : se faire discrète pour rester acceptée

À la fin des années 1980, les chercheurs Laurence Coleman et Tracy Cross ont décrit la façon dont des élèves doués gèrent ce qu’ils appelaient le « stigmate » de la douance : sentant que leurs capacités les mettent à part, certains choisissent de les cacher pour rester intégrés (Coleman et Cross, 1988). Le phénomène n’est pas propre aux filles, mais plusieurs autrices estiment que la pression à ne pas se faire remarquer pèse davantage sur elles (Kerr, 1985 ; Reis, 1987).

À l’âge adulte, cela peut ressembler à ceci :

  • te taire en réunion alors que tu as vu la solution, pour ne pas passer pour une donneuse de leçons ;
  • attribuer tes réussites à la chance, au travail acharné ou à l’aide des autres ;
  • choisir des postes en dessous de tes capacités, parce qu’ils semblent plus compatibles avec le reste de ta vie ;
  • adapter ton vocabulaire et ton niveau de précision selon les personnes en face, pour ne pas paraître « trop ».

Ces stratégies ont un coût : la fatigue de s’ajuster en permanence et, à la longue, le sentiment de ne plus très bien savoir ce dont on est capable.

Ce qui peut retarder la question à l’âge adulte

Sans prétendre qu’elles s’appliquent à toutes, plusieurs situations reviennent souvent dans les descriptions de femmes qui s’interrogent tard :

  • Une scolarité sans vague. De bonnes notes obtenues sans difficulté n’alertent personne. On s’inquiète plus volontiers pour un enfant en difficulté ou agité que pour un enfant appliqué et discret, fille ou garçon.
  • Le bilan d’un enfant. Les différences d’intelligence étant en partie héréditaires, le bilan d’un fils ou d’une fille amène souvent un parent à se poser la question pour son propre compte.
  • Un tournant professionnel. Un épuisement, un poste qui ne nourrit plus, une envie de changer de voie : c’est souvent là que la question du fonctionnement intellectuel apparaît. Notre guide sur la reconversion professionnelle peut t’aider à faire le point.
  • Des priorités différentes, pas un échec. Une étude qui a suivi pendant quarante ans des jeunes repérés pour leur précocité en mathématiques a trouvé des femmes et des hommes aussi satisfaits de leur vie, en moyenne, mais qui n’accordaient pas le même poids au travail à temps plein et au temps pour les proches (Lubinski, Benbow et Kell, 2014). Un parcours moins linéaire ne signifie pas un potentiel gâché.

Ce qu’apporte un bilan, et ce qu’il n’apporte pas

Le bilan psychométrique, réalisé par un ou une psychologue avec la WAIS-IV (Wechsler, 2011), reste la seule façon fiable de savoir si tu as un haut potentiel intellectuel. Il est le même pour une femme et pour un homme. Ce qui peut changer, c’est ce que tu en attends.

  • Ce qu’un bilan peut t’apporter

    • Une mesure de ton raisonnement, comparée aux personnes de ton âge, avec sa marge d’erreur.
    • Un profil détaillé : compréhension verbale, raisonnement, mémoire de travail, vitesse de traitement.
    • Un regard extérieur sur ton parcours, qui peut relativiser des années de doute sur tes capacités.
  • Ce qu’il ne fait pas

    • Il ne mesure ni ta sensibilité, ni ton empathie, ni ta valeur.
    • Il ne pose pas de diagnostic sur une souffrance : si tu vas mal, c’est un autre accompagnement.
    • Il ne réécrit pas ton histoire à lui seul : un score élevé n’explique pas tout, un score sous le seuil n’invalide rien de ce que tu as vécu.

Avant de prendre rendez-vous, vérifie que la personne porte bien le titre de psychologue, protégé par la loi, et renseigne-toi sur le tarif : le bilan n’est en général pas remboursé. Pour te préparer, notre test HPI t’aide à mettre des mots sur tes traits, et notre test de QI donne une première estimation de ton raisonnement. Ni l’un ni l’autre ne remplace un bilan.

Questions fréquentes

Existe-t-il des signes propres aux femmes HPI ?

Non. Le haut potentiel se définit de la même façon pour tout le monde. Ce qui diffère parfois, ce sont les attentes sociales et la façon d’y répondre, comme le camouflage.

Est-il trop tard pour faire un bilan à 50 ans ?

Non. Ton score est comparé aux personnes de ton âge, et un bilan a autant de sens à 50 ans qu’à 25. La question utile est plutôt : qu’as-tu envie d’en faire ?

HPI et « HPE », est-ce la version féminine et masculine du haut potentiel ?

Non. Le « haut potentiel émotionnel » n’est pas une notion validée, et l’associer aux femmes recycle un vieux stéréotype. Notre guide HPI et HPE fait le point.

Sources

  1. Bravata, D. M., Watts, S. A., Keefer, A. L. et al. (2020). Prevalence, predictors, and treatment of impostor syndrome: A systematic review. Journal of General Internal Medicine, 35(4), 1252-1275.
  2. Clance, P. R. et Imes, S. A. (1978). The imposter phenomenon in high achieving women: Dynamics and therapeutic intervention. Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 15(3), 241-247.
  3. Coleman, L. J. et Cross, T. L. (1988). Is being gifted a social handicap? Journal for the Education of the Gifted, 11(4), 41-56.
  4. Halpern, D. F., Benbow, C. P., Geary, D. C., Gur, R. C., Hyde, J. S. et Gernsbacher, M. A. (2007). The science of sex differences in science and mathematics. Psychological Science in the Public Interest, 8(1), 1-51.
  5. Hull, L., Petrides, K. V., Allison, C., Smith, P., Baron-Cohen, S., Lai, M.-C. et Mandy, W. (2017). « Putting on my best normal »: Social camouflaging in adults with autism spectrum conditions. Journal of Autism and Developmental Disorders, 47(8), 2519-2534.
  6. Kerr, B. A. (1985). Smart Girls, Gifted Women. Ohio Psychology Publishing Company.
  7. Loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social, article 44 (usage du titre de psychologue).
  8. Lubinski, D., Benbow, C. P. et Kell, H. J. (2014). Life paths and accomplishments of mathematically precocious males and females four decades later. Psychological Science, 25(12), 2217-2232.
  9. Petersen, J. (2013). Gender differences in identification of gifted youth and in gifted program participation: A meta-analysis. Contemporary Educational Psychology, 38(4), 342-348.
  10. Price, P. C., Holcomb, B. et Payne, M. B. (2024). Gender differences in impostor phenomenon: A meta-analytic review. Current Research in Behavioral Sciences, 7, 100155.
  11. Reis, S. M. (1987). We can’t change what we don’t recognize: Understanding the special needs of gifted females. Gifted Child Quarterly, 31(2), 83-89.
  12. Reis, S. M. (1998). Work Left Undone: Choices and Compromises of Talented Females. Mansfield Center (Connecticut) : Creative Learning Press.
  13. Stricker, J., Buecker, S., Schneider, M. et Preckel, F. (2020). Intellectual giftedness and multidimensional perfectionism: A meta-analytic review. Educational Psychology Review, 32(2), 391-414.
  14. Wechsler, D. (2011). WAIS-IV : Échelle d’intelligence de Wechsler pour adultes, 4e édition. Paris : ECPA.


Mets des mots sur tes traits, à ton rythme

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